« Le Seigneur répondit… » (Luc 17.6a)

Il nous faut donc aborder la suite du passage. La réponse de Jésus est déconcertante. Elle nous place face à nos propres ambiguïtés. Ambiguïtés face à nos attentes pour recevoir d’avantage de foi, mais aussi ambiguïté pour interpréter la réponse de Jésus ! Car sa répartie, contrairement à ce qu’il y paraît, n’est pas si simple à interpréter.

Jésus propose une surprenante allégorie : une étrange histoire d’arbre qui se déracine pour aller se planter… dans la mer !

Longtemps j’ai compris cette allégorie d’une certaine manière qui me semblait évidente.

Un jour, une deuxième interprétation totalement contradictoire s’est imposée à mon esprit. Que faire donc avec ces deux lectures d’une même allégorie ?

Puis, un jour, j’ai cru entendre Dieu me souffler à l’oreille une troisième interprétation possible. Encore contradictoire !

Laquelle est la bonne ? Le pire, c’est que je n’en sais rien ! Peut-être est-ce les trois ? Peut- être même est-ce une quatrième qui viendra à votre esprit !

Ce que je puis témoigner, c’est que chacune a été bonne et utile pour moi à un moment de ma réflexion. Peut-être même que la juste interprétation se trouve dans l’accueil de l’ensemble des trois lectures pourtant contradictoires.

Pour me rassurer, j’aime rappeler ici cette pensée du philosophe Alain : « Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée ! »

Car elle est vivante la parole de Dieu : elle est en marche et met en marche. Elle est une source d’eau vive et non une mare qui stagne. Cessons donc le terrorisme de la pensée unique.

Le peuple juif avait cette sagesse de ne point figer le souffle de Dieu. Il était même prêt à accueillir une parole à plusieurs voix. Par exemple, les fameuses dix paroles gravées par le doigt de Dieu dans le granit du mont Sinaï sont présentées dans le livre de l’Exode (chapitre

20) et dans le livre du Deutéronome (chapitre 5). Fait étonnant, le quatrième commandement n’est pas le même ! Les raisons du sabbat changent d’un texte à l’autre. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que le peuple d’Israël n’a pas cherché à harmoniser les deux versions. Preuve de leur ouverture dans l’accueil même d’une parole à deux voix.

Dieu veut que sa parole soit accueillie comme une source toujours vivante et en mouvement. C’est pourquoi Jésus disait : « Il vous a été dit… mais moi je vous dis… »

J’aime ce délicieux reproche que Dieu fait aux fidèles dans le livre de Jérémie (2.13) :

« Déclaration du Seigneur (…) Mon peuple a doublement mal agi : ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive (pensée qui circule), pour se creuser des citernes (pensée qui stagne), des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l’eau. »

Cessons donc d’être inquiets en découvrant une parole riche en interprétations diverses, voire contradictoires. C’est un signe de vie !

Lisons donc dans les lignes qui suivent cette réponse mystérieuse de Jésus aux disciples qui souhaitent recevoir plus de foi.

Thierry LENOIR

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