« … plante-toi dans la mer…» (Luc 17.6c)

Oublions maintenant tout ce que je viens de dire précédemment. Non pas pour nous renier, mais pour garder un regard toujours neuf sur un texte qui doit rester vivant, inspiré et inspirant.

Il est donc possible de lire de manière radicalement différente cette allégorie. Exercice difficile, nous l’avons dit, car il est bien mal aisé d’accepter une lecture à plusieurs voix, surtout lorsqu’elles semblent se contredire. Mais n’est-ce pas la seule manière de boire la source d’eau vive… et lui reconnaître cette faculté d’être vivante et libre ?

Revenons à la question des disciples. Avoir plus de foi… C’est bien beau, avons-nous dit. Mais « pour quoi » souhaitent-ils cette abondance de foi ? Pour assouvir quel désir ?

Est-ce un désir de réaliser des choses extraordinaires ? Des choses qui « épatent la galerie » et qui reçoivent l’attention et l’approbation d’une foule admirative qui ne peut que s’exclamer :

« Quelle foi extraordinaire il a ! Quel grand homme de Dieu ! »

Alors on oublie la spiritualité du secret mis en avant par Jésus, au mépris de l’humilité qui est pourtant au cœur de sa spiritualité.

Nous arrive-t-il de désirer plus de foi afin d’être davantage puissant ? Il est dans la nature humaine d’aimer faire des choses extraordinaires. Non seulement cela flatte notre ego, mais c’est aussi un bon moyen pour arriver à nos fins !

Que de désirs de puissances assouvis et masqués sous une apparence de sainteté ! Que de choses accomplie pour flatter notre égo en prétendant « c’est pour Dieu que je le fais ! » Je veux cette responsabilité dans l’église, mais c’est uniquement pour mieux servir Dieu. La mission, le service… Quels magnifiques « faire-valoir » !

Et si, par cette allégorie, Jésus invitait les disciples à réfléchir à leur intention cachée derrière ce désir de plus de foi ? Peut-être était-ce une intention perverse de puissance ?

La suite semble le confirmer. Parce qu’en y réfléchissant bien, l’arbre n’est-il pas mieux à sa place dans la terre que dans la mer ? Il est fait pour la terre, afin qu’il y développe ses racines et qu’il offre son ombrage, afin qu’il fournisse ses fruits. Le plonger dans la mer, c’est le condamner à la mort.

Osons le dire : planter un arbre dans la mer est un acte imbécile et insensé !

« Vous voulez plus de foi ? » dirait alors Jésus. « Mais si vous aviez, ne fut-ce qu’un peu de foi, vous aller encore l’utiliser pour des démonstrations imbéciles et irraisonnables de votre désir de puissance ! Comme par exemple déraciner un arbre – qui est pourtant si bien dans sa terre – pour aller le planter dans la mer… »

D’ailleurs, un arbre dans la mer n’a pas plus de sens qu’une montagne qui se jette dans la mer. Si la montagne se jetait dans la mer, il en résulterait un tsunami dévastateur et meurtrier !

Que d’actes insensés accomplis au nom de la foi…

Thierry LENOIR

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